mardi 11 septembre 2007

Eloge du retour ou pourquoi je ne pourrais pas vivre en Malaisie...

J'ai attendu ce jour depuis un bon moment! Et pourtant, le retour sera difficile: dur de retrouver une vie antérieure, dur de retrouver les gens qui n'ont pas partagé tous les moments passés ici, dur de se plonger dans un futur proche incertain et pas facile de reprendre un rythme plus "normal"! Le retour sera brutal, abrupt mais nécessaire...

Malgré tout, je suis heureuse de partir d'ici! Sans doute parce que le peuple est trop irrationnel et trop illogique par rapport à mon propre fonctionnement et aussi car la pression sociale exerce une trop forte influence sur les comportements des gens. Privation de liberté, censure, non dits, cloisonnement communautariste - les malais autour de l'autorité religieuse, les chinois autour de l'autorité familiale. L'hésitation entre modernisme et traditions est souvent troublante et mène parfois à la confusion. Difficile de comprendre le fonctionnement de cette société qui se cherche autour d'un peuple multi-culturel souvent raciste qui se côtoie sans vraiment se mélanger.

Parce que la mollesse et la lenteur sont reines, parce que l'efficacité est un concept inconnu ici, parce que le gaspillage est monnaie courante, j'aurai du mal a rester très longtemps ici. Une vie sans hiver, une année sans printemps doivent être aussi bien difficiles à supporter tant le manque de rythme et de changement de saison doit cruellement se sentir!...


L'heure du retour a sonné et avec elle, le moment de saluer des gens qui n'auront fait que passer mais qui auront marqué ce moment de vie. O Malaisie, étape inoubliable de mon chemin, tu m'auras causé bien des chagrins mais tu m'auras surtout apportée bribes de bonheur, sources d'enrichissement, harmonie intérieure et ouverture sur le monde...
Je ne reviendrai sûrement pas, ce serait gâcher les bons moments passés ici qui sont désormais presque inscrits sur mes pages de souvenirs!

Aller de l'avant sans passer trop vite sur le passé... Finalement, c'est bien le présent qui rend le plus heureux!

mardi 4 septembre 2007

Départ

5 mois ont passé vite, et pourtant ils ont été parfois longs! Evoluant entre phases d'euphorie de découvertes à des phases de lassitude tout en changeant d'avis devant la beauté époustouflante des paysages, je suis passée de l'enthousiasme à l'ennui et de l'emerveillement au découragement. Mais finalement, le plus important, c'est que si c'était à refaire, je n'hésiterai pas; je recommencerai la même aventure...

Je n'ai finalement pas vu le jour du départ arriver et ne me suis pas préparée à partir. Cette petite dizaine de jours de transition est agréable. Je me suis envolée de Malaisie pour aller explorer l'ile de Java, en Indonésie, sac au dos et esprit ouvert à de nouvelles expériences!

Finalement, ce blog pourrait ne plus avoir de raison d'être. Je garderai toutefois une dernière page pour le véritable départ, lorsque, de retour éclair à Kuala Lumpur, je m'apprêterai à partir... définitivement cette fois.

lundi 27 août 2007

Festivités

Le 31 août approche. Les drapeaux malaisiens fleurissent partout dans la ville: dans le métro, dans la rue, sur les murs, sur les voitures et dans d'autres endroits insolites, comme dans les bureaux des entreprises et sans doute dans les maisons des fervents patriotes. Vendredi s'annonce être une journée festive; au rythme de la parade et de la cérémonie qui commémorera les 50 ans d'existence du pays. Les hélicoptères et avions missiles s'entraînent sur nos têtes tous les matins depuis quelques jours, les enfants répètent les chorégraphies sur la place de l'indépendance, les forces de l'ordre se préparent. Les tribunes présidentielles sont installées; les chanceux auront une vue magnifique sur l'ensemble du spectacle. Partout résonnent des chansons "nationalistes", depuis le matin dans le métro jusqu'au soir au supermarché. Je crois entendre les mêmes mélodies en boucle. Elles se ressemblent en fait toutes, et chacune d'entre elles doit sûrement faire les plus belles éloges au pays.

La population est aussi très occupée par le mois des "fantômes affamés". Depuis le 14 août, et ce pendant un mois, les esprits de nos ancêtres défunts reviennent sur terre réclamer de la nourriture. Hier soir se sont même ouvertes les portes de l'enfer... Alors, on brûle des feux dans la rue pour les faire fuir, on leur réserve des places aux tables de restaurants, on dépose des offrandes dans un coin de rue pour calmer leur appétit... Il parait que les fantômes peuvent entrer en nous aussi...
Aux yeux d'occidentaux, ces croyances passent pour des lubies, de la folie. Mais ici, il faut les prendre très au sérieux, se retenir de se moquer d'eux. Alors, on écoute, l'esprit curieux et étonné. La persuasion des gens qui nous racontent ces histoires et le ton grave employé quand on nous met en garde des dangers des esprits pourrait presque nous convaincre de la réelle existence des fantômes.

Attention, un séjour trop long en Asie pourrait nous faire changer bien des choses...

samedi 11 août 2007

Pause musicale

"Veux-tu 2 tickets gratuits pour un spectacle musical?" me demande un collègue de travail. Sans hésiter, j'accepte; les occasions culturelles et artistiques sont trop rares ici pour les refuser.
Après m'être renseignée sur le sujet du spectacle - l'histoire du pays depuis ses 50 ans d'indépendance - je propose à une collègue indonésienne de m'accompagner. Mais voilà, j'avais oublié à quel point toute prise de risque était évitée: ma collègue se confond en excuse, est gênée de me refuser mais elle a trop peur de prendre le taxi seule, surtout le soir! J'insiste un peu puisqu'elle m'avoue ne jamais avoir vu ce genre de spectacles, je lui propose de réserver un taxi pour qu'il l'attende à la sortie de la salle. Mais apparemment c'est impossible pour elle car trop dangereux. Elle restera donc seule chez elle, à découvrir le monde en regardant les 4 murs de sa chambre... Pendant ce temps là, je pars prendre le train avec une autre française pour se rendre au spectacle. Deux "effrontées" blanches, seules dans un train!... Finalement, personne ne nous remarquera ou nous accostera!...
A l'arrivée du train, nous montons dans un taxi en précisant le lieu de notre destination "Kuala Lumpur Art Centre". Le chauffeur n'a pas l'air très sûr du lieu, nous demande ce qu'on va y faire. Nous nous empressons de lui répondre que nous allons voir un spectacle, avec de la musique et de la danse. Il prend donc la route. Je m'inquiète quand je m'aperçois que nous sommes près de chez nous et que nous ne devrions pas y être! Le chauffeur nous montre l'hôpital, nous dit qu'il faut donc qu'on descende ici. Confusion, incompréhension, doutes... Je comprends la raison de ce malentendu quand je vois écrit sur un bâtiment "heart centre"; centre de cardiologie (la prononciation de 'art' et 'heart' pouvant être confondue...). Je saisis mieux maintenant les questionnements du chauffeur: "c'est encore ouvert à cette heure ci? Qu'est ce que vous allez y faire?..." J'hésite entre colère et éclats de rires. Je laisse mon amie se charger de discuter avec le chauffeur; l'énervement n'est pas une façon de faire ici et est mal perçue. Je lui demande quand même de s'arrêter pour demander aux gens dans la rue. Finalement, on arrive à bon port avec un quart d'heure de retard malgré tout. Avant de descendre du taxi, nous expliquons à notre chauffeur pourquoi nous lui payons la moitié seulement de ce qu'il nous demande...

Nous voilà donc dans la salle de concert; des dizaines d'artistes sur la scène évoquent la proclamation de l'indépendance de 1957. Le spectacle vient donc juste de commencer!

2 heures après, nous ressortons ravies d'avoir regardé cet aperçu historique du pays sur fond d'orchestre. Les artistes ont avec talent et émotion chanté les étapes historiques du pays (séparation de Singapour, premières élections, émeutes raciales). Le message de tolérance et de paix sociale entre les communautés ethniques locales est omniprésent. Difficile pourtant de croire en sa réalité. La fin du spectacle dépeint une société parfaite qui intègre les différences raciales et sociales; seulement, dans la vie quotidienne, les malaisiens ne se mélangent pas entre communautés. La censure gouvernementale a du réviser le script et arranger la fin pour qu'elle soit politiquement correcte...

Je suis impatiente de lire les critiques de la presse et voir si les journalistes seront autorisés à faire le même commentaire que moi! Mais je doute que les critiques soient objectives. Les drapeaux qui fleurissent et la fierté nationale qui s'amplifie en ce moment, à quelques semaines de l'anniversaire de l'indépendance, adoucissent le communautarisme ambiant et semblent unir les gens autour du même patriotisme.
Comme les artistes l'ont justement chanté hier soir, "Ce pays est assez grand pour tout le monde"... en espérant que cette jolie phrase s'applique enfin à chacun des malaisiens...

mercredi 1 août 2007

Curiosités alimentaires

Où peut-on se faire livrer le MacDo Halal à domicile? Dans quel pays du monde peut-on manger de la glace au maïs ou aux haricots rouges? Où est-il possible d'aller manger au restaurant à toute heure, y compris au beau milieu de la nuit? Dans quels restaurants sert-on dans des assiettes en plastique? Existe-t-il un pays où il n'y a aucun scrupule à manger le dessert avec la soupe et le plat principal? Qui peut aimer les gelées chimiques de fruits en guise de dessert embalées dans des feuilles de bananiers?

Qui oserait manger dans des restaurants où la "cuisine" donne sur la rue entre cafards, rats et odeurs nauséabondes avec en fond sonore une TV qui braille?
Qui peut bien manger un plat de riz cuit dans du lait de coco et mélangé avec de la viande, des oeufs, des poissons sechés, des légumes et quelques épices dès le lever du soleil? Qui oserait acheter des plats presentés dans la rue, sur des tabourets en plein soleil, quand il fait 35 degrés, sans que de la glace ou des frigos évitent la prolifération de milliers de bactéries?...

A chacune de ces questions, on trouvera "Malaisie" dans la réponse!...

Que les malaisiens ne s'offusquent pas, mais d'aucuns peuvent trouver certaines de ces habitudes alimentaires "étranges" par rapport aux nôtres!

Mais finalement, qu'importent les critères d'hygiène ou les règles en matière d'art de la table et de dégustation des repas, le plus important est d'avoir à manger dans les assiettes!



La gastronomie malaise n'est certes pas très délicate, ni même très légère; les plats sont peu variés car riz et pâtes trouvent peu de nuances de saveurs. Cependant, nul ne pourra nier la grande richesse des mélanges d'influences exprimés dans la cuisine! Il est même difficile de dresser la liste des plats nationaux car les plats revendiqués locaux sont en fait une composition de mariages de cuisines chinoise, indienne, portugaise ou thaïlandaise (pour n'en garder que quelques uns). On peut aussi malheureusement goûter la présence britannique et américaine jusque dans les plats les plus exotiques!

Quoiqu'il en soit, les Malaisiens sont fiers de leur gastronomie et lui font honneur à tout moment. A croire que les estomacs locaux sont anormalement constitués et réclament de la nourriture à chaque moment d'inactivité!

lundi 30 juillet 2007

Penang

Je suis allée voir si la côte Ouest de la Malaisie valait la côte Est. En terme de clarté de la mer et de beauté de paysage, l'Est est plus agréable. Cependant, la ville principale de l'île de Penang, Georgetown, est une des plus belles villes de Malaisie.

On peut s'y balader dans des rues pavées, pas très larges, en passant du quartier indien au quartier chinois tout en admirant les jolies maisons colorées et en s'imprégnant d'atmosphères différentes. Les rues les plus reculées cachent parfois des trésors: temples bouddhistes, temples indiens ou maisons de clans chinois notamment. Les sculptures, peintures ou ornements dorés nous en mettent plein la vue et témoignent de la richesse architecturale de la ville.





La ville est majoritairement peuplée de chinois. A 6h samedi matin, on a surpris tout un groupe de vieux chinois faire leurs exercices quotidiens sur un fond de berceuse asiatique. On comprend mieux pourquoi les chinois tiennent un rythme soutenu depuis le matin jusqu'à la fermeture de leurs commerces tard le soir.
En dehors de la ville principale de l'île, des petits villages de pêcheurs longent la cote. Sans s'y attarder, on y fait que passer pour rejoindre un parc national. Une petite heure de marche à travers la jungle suffit pour atteindre une plage de sable blanc peuplée de petits crabes et un lac meromictique (à vos dicos) qui donne à l'endroit un charme fort agréable.
La soirée s'est passée chez une famille malaise, rencontrée par l'intermédiaire de Hospitality-Club, réseau associatif dont je fais partie, qui permet aux voyageurs de s'entraider (lien internet sur la droite de l'écran) Après avoir dégusté de savoureux satays (petites brochettes de viande grillées et accompagnées d'une sauce aux cacahuètes), nous nous installons dans l'appartement familial et profitons de la soirée pour parler de tout et de rien tout en échangeant nos expériences de voyages.

Le lendemain sera consacré à une visite approfondie de la ville principale, avant de reprendre la route vers Kuala Lumpur.
Comme d'habitude, le week-end aura été plus fatiguant que la semaine entre les heures de bus, les kilomètres de marche et les courtes nuits de sommeil. La semaine sera donc pleine de repos entrecoupée par de longues journées de travail!...

dimanche 22 juillet 2007

Week-end à la mer

Nouveau week-end, nouvelle destination: Kota Bharu et les îles Perhentian, au nord-est du pays, tout proche de la frontière thaïlandaise.

Apres un vol agité, où bon nombre de passagers ont cru mourir dans cet avion bravant les turbulences provoquées par des éclairs déchirant le ciel, me voici atterrie dans la ville la plus musulmane du pays. Une courte nuit, et je prends la route pour les îles Perhentian, dont on dit être un des plus beaux endroits au monde pour la plongée sous-marine.

Dressons le décor : île verdoyante, plantée de jungle, de cocotiers et de bananiers, entourée de plages au sable blanc sises dans des criques oubliées de l’Homme et baignée par des eaux transparentes laissant voir les fonds marins.

Décor paradisiaque, qui n’est donc plus un rêve pour moi !


Le bateau m’emmène sur une petite plage où j’ai réservé une chambre. En fait, la chambre se révèle être une petite hutte en bois, perchée sur des pilotis surplombant la plage. La vue est magnifique, mais les conditions précaires. La chambre n’est meublée que d’une moustiquaire protégeant un matelas posé sur les lattes de bois dont les trous laissent entrevoir le sol terreux. La porte ne ferme pas, mais qu’importe, je suis au milieu de nulle part, dans un village à la Robinson Crusoé face à un paysage inoubliable...

Je ne tarde pas à m’aventurer sur les chemins dans la jungle pour rejoindre les plages plus animées de l’île. Je ne croise personne sur ces sentiers, à part deux énormes varans et quelques écureuils. Coral Beach et surtout Long beach sont envahies par des cabanes et huttes pour touristes, des restaurants et des dizaines de magasins pour partir en balade en mer faire de la plongée (avec ou sans tuba). Je n’aurai malheureusement pas le temps de m’adonner à l’activité favorite des vacanciers. Je profiterai juste de la mer, du sable et de l’ombre d’un cocotier en prenant soin de ne pas rester trop longtemps dans cette eau cristalline. Le soleil cogne fort et est dangereux; le moindre rayon doit suffire à carboniser un bras !

Week-end donc relaxant, qui m'a permis de garder mon calme
quand j'apprends à l'aéroport que l'avion aura 1h30 de retard. Une fois à bord, les turbulences (les mêmes qu'à l'aller) ne m'empêchent pas de commencer ma nuit, qui ne sera pourtant efficace qu'à partir de 2h du matin, une fois enfin rentrée à la maison.

Une autre semaine de travail et je repars; cette fois, ce sera sur l'ile de Penang...