lundi 27 août 2007

Festivités

Le 31 août approche. Les drapeaux malaisiens fleurissent partout dans la ville: dans le métro, dans la rue, sur les murs, sur les voitures et dans d'autres endroits insolites, comme dans les bureaux des entreprises et sans doute dans les maisons des fervents patriotes. Vendredi s'annonce être une journée festive; au rythme de la parade et de la cérémonie qui commémorera les 50 ans d'existence du pays. Les hélicoptères et avions missiles s'entraînent sur nos têtes tous les matins depuis quelques jours, les enfants répètent les chorégraphies sur la place de l'indépendance, les forces de l'ordre se préparent. Les tribunes présidentielles sont installées; les chanceux auront une vue magnifique sur l'ensemble du spectacle. Partout résonnent des chansons "nationalistes", depuis le matin dans le métro jusqu'au soir au supermarché. Je crois entendre les mêmes mélodies en boucle. Elles se ressemblent en fait toutes, et chacune d'entre elles doit sûrement faire les plus belles éloges au pays.

La population est aussi très occupée par le mois des "fantômes affamés". Depuis le 14 août, et ce pendant un mois, les esprits de nos ancêtres défunts reviennent sur terre réclamer de la nourriture. Hier soir se sont même ouvertes les portes de l'enfer... Alors, on brûle des feux dans la rue pour les faire fuir, on leur réserve des places aux tables de restaurants, on dépose des offrandes dans un coin de rue pour calmer leur appétit... Il parait que les fantômes peuvent entrer en nous aussi...
Aux yeux d'occidentaux, ces croyances passent pour des lubies, de la folie. Mais ici, il faut les prendre très au sérieux, se retenir de se moquer d'eux. Alors, on écoute, l'esprit curieux et étonné. La persuasion des gens qui nous racontent ces histoires et le ton grave employé quand on nous met en garde des dangers des esprits pourrait presque nous convaincre de la réelle existence des fantômes.

Attention, un séjour trop long en Asie pourrait nous faire changer bien des choses...

samedi 11 août 2007

Pause musicale

"Veux-tu 2 tickets gratuits pour un spectacle musical?" me demande un collègue de travail. Sans hésiter, j'accepte; les occasions culturelles et artistiques sont trop rares ici pour les refuser.
Après m'être renseignée sur le sujet du spectacle - l'histoire du pays depuis ses 50 ans d'indépendance - je propose à une collègue indonésienne de m'accompagner. Mais voilà, j'avais oublié à quel point toute prise de risque était évitée: ma collègue se confond en excuse, est gênée de me refuser mais elle a trop peur de prendre le taxi seule, surtout le soir! J'insiste un peu puisqu'elle m'avoue ne jamais avoir vu ce genre de spectacles, je lui propose de réserver un taxi pour qu'il l'attende à la sortie de la salle. Mais apparemment c'est impossible pour elle car trop dangereux. Elle restera donc seule chez elle, à découvrir le monde en regardant les 4 murs de sa chambre... Pendant ce temps là, je pars prendre le train avec une autre française pour se rendre au spectacle. Deux "effrontées" blanches, seules dans un train!... Finalement, personne ne nous remarquera ou nous accostera!...
A l'arrivée du train, nous montons dans un taxi en précisant le lieu de notre destination "Kuala Lumpur Art Centre". Le chauffeur n'a pas l'air très sûr du lieu, nous demande ce qu'on va y faire. Nous nous empressons de lui répondre que nous allons voir un spectacle, avec de la musique et de la danse. Il prend donc la route. Je m'inquiète quand je m'aperçois que nous sommes près de chez nous et que nous ne devrions pas y être! Le chauffeur nous montre l'hôpital, nous dit qu'il faut donc qu'on descende ici. Confusion, incompréhension, doutes... Je comprends la raison de ce malentendu quand je vois écrit sur un bâtiment "heart centre"; centre de cardiologie (la prononciation de 'art' et 'heart' pouvant être confondue...). Je saisis mieux maintenant les questionnements du chauffeur: "c'est encore ouvert à cette heure ci? Qu'est ce que vous allez y faire?..." J'hésite entre colère et éclats de rires. Je laisse mon amie se charger de discuter avec le chauffeur; l'énervement n'est pas une façon de faire ici et est mal perçue. Je lui demande quand même de s'arrêter pour demander aux gens dans la rue. Finalement, on arrive à bon port avec un quart d'heure de retard malgré tout. Avant de descendre du taxi, nous expliquons à notre chauffeur pourquoi nous lui payons la moitié seulement de ce qu'il nous demande...

Nous voilà donc dans la salle de concert; des dizaines d'artistes sur la scène évoquent la proclamation de l'indépendance de 1957. Le spectacle vient donc juste de commencer!

2 heures après, nous ressortons ravies d'avoir regardé cet aperçu historique du pays sur fond d'orchestre. Les artistes ont avec talent et émotion chanté les étapes historiques du pays (séparation de Singapour, premières élections, émeutes raciales). Le message de tolérance et de paix sociale entre les communautés ethniques locales est omniprésent. Difficile pourtant de croire en sa réalité. La fin du spectacle dépeint une société parfaite qui intègre les différences raciales et sociales; seulement, dans la vie quotidienne, les malaisiens ne se mélangent pas entre communautés. La censure gouvernementale a du réviser le script et arranger la fin pour qu'elle soit politiquement correcte...

Je suis impatiente de lire les critiques de la presse et voir si les journalistes seront autorisés à faire le même commentaire que moi! Mais je doute que les critiques soient objectives. Les drapeaux qui fleurissent et la fierté nationale qui s'amplifie en ce moment, à quelques semaines de l'anniversaire de l'indépendance, adoucissent le communautarisme ambiant et semblent unir les gens autour du même patriotisme.
Comme les artistes l'ont justement chanté hier soir, "Ce pays est assez grand pour tout le monde"... en espérant que cette jolie phrase s'applique enfin à chacun des malaisiens...

mercredi 1 août 2007

Curiosités alimentaires

Où peut-on se faire livrer le MacDo Halal à domicile? Dans quel pays du monde peut-on manger de la glace au maïs ou aux haricots rouges? Où est-il possible d'aller manger au restaurant à toute heure, y compris au beau milieu de la nuit? Dans quels restaurants sert-on dans des assiettes en plastique? Existe-t-il un pays où il n'y a aucun scrupule à manger le dessert avec la soupe et le plat principal? Qui peut aimer les gelées chimiques de fruits en guise de dessert embalées dans des feuilles de bananiers?

Qui oserait manger dans des restaurants où la "cuisine" donne sur la rue entre cafards, rats et odeurs nauséabondes avec en fond sonore une TV qui braille?
Qui peut bien manger un plat de riz cuit dans du lait de coco et mélangé avec de la viande, des oeufs, des poissons sechés, des légumes et quelques épices dès le lever du soleil? Qui oserait acheter des plats presentés dans la rue, sur des tabourets en plein soleil, quand il fait 35 degrés, sans que de la glace ou des frigos évitent la prolifération de milliers de bactéries?...

A chacune de ces questions, on trouvera "Malaisie" dans la réponse!...

Que les malaisiens ne s'offusquent pas, mais d'aucuns peuvent trouver certaines de ces habitudes alimentaires "étranges" par rapport aux nôtres!

Mais finalement, qu'importent les critères d'hygiène ou les règles en matière d'art de la table et de dégustation des repas, le plus important est d'avoir à manger dans les assiettes!



La gastronomie malaise n'est certes pas très délicate, ni même très légère; les plats sont peu variés car riz et pâtes trouvent peu de nuances de saveurs. Cependant, nul ne pourra nier la grande richesse des mélanges d'influences exprimés dans la cuisine! Il est même difficile de dresser la liste des plats nationaux car les plats revendiqués locaux sont en fait une composition de mariages de cuisines chinoise, indienne, portugaise ou thaïlandaise (pour n'en garder que quelques uns). On peut aussi malheureusement goûter la présence britannique et américaine jusque dans les plats les plus exotiques!

Quoiqu'il en soit, les Malaisiens sont fiers de leur gastronomie et lui font honneur à tout moment. A croire que les estomacs locaux sont anormalement constitués et réclament de la nourriture à chaque moment d'inactivité!